ATKINS, la pionnière

Anna Atkins est une botaniste et photographe anglaise née en 1799, elle commence à utiliser un appareil photo dès 1841, devenant probablement la première femme photographe, titre qu’elle doit partager avec Constance TALBOT, l’épouse de William Henry Fox Talbot.

Amie avec de Sir John Frederick William Herschel (7 mars 1792 – 11 mai 1871) elle découvre très tôt le procédé du cyanotype que cet ami lui enseigne car ne l’oublions pas Herschel était aussi un chimiste accompli qui s’intéressa beaucoup à la photographie, alors naissante : il donna des conférences sur le sujet et exhibait ses propres photographies. En 1819, il découvrit l’action du thiosulfate de sodium sur les sels d’halogénures d’argent autrement insolubles et son utilité en tant que fixateur des images photographiques, ce qui permit d’améliorer le procédé du cyanotype. En 1839, indépendamment de William Talbot, il inventa un procédé photographique utilisant du papier sensibilisé.

C’est ce procédé qu’Anna ATKINS utilisera dans la conception du livre British Algae : Cyanotype Impressions qui devient le premier livre publié étant illustré par des photographies même si curieusement c’est par le terme d’album que l’on trouve le plus souvent qualifié son travail.

Pour réaliser les illustrations de ce livre qui ressemble à un herbier elle fait des photogrammes en plaçant des algues séchés directement sur des feuilles de papier sensibles et recueille sur le cyanotype l’ombre qu’elles créent au soleil.

A l’origine en auto-édition, il ne reste plus qu’environ 15 exemplaires plus ou moins complets de ce livre dans le monde et ils sont pour la plupart dans des grands musées ou des institutions comme la New York Public Library d’où viennent ces images.

Orpheline de mère très jeune, c’est son père, John George Children (1777-1852), naturaliste réputé, qui l’élève. Elle reçoit ainsi une formation scientifique rare pour les femmes de son époque. Illustratrice de renom, elle réalise les deux cent cinquante gravures qui illustreront la traduction anglaise de l’ouvrage de Jean-Baptiste de Lamarck (1744-1829), Histoire des mollusques, qui paraît en 1822-1824, sous le titre de Genera of Shells. Cette traduction, réalisée par son père, a un rôle important dans la nomenclature des coquillages car elle fournit les types permettant d’identifier les genres créés par Lamarck.

Elle se marie en 1825 avec John Pelly Atkins et se consacre dès lors à la biologie et commence la confection d’un herbier. Anna Atkins offre certains spécimens au muséum du Kew Gardens. Elle devient membre, en 1839, de la Société botanique de Londres, l’une des rares sociétés savantes ouvertes aux femmes. En 1841, elle commence à s’intéresser aux algues à la suite de la publication de A Manual of the British marine Algae de William Henry Harvey (1811-1866).

Grâce à son père, elle connaît très bien les travaux de sir John Herschel (1792-1871) et de William Henry Fox Talbot (1800-1877), deux pionniers de la photographie. Elle commence à faire paraître en 1843 son ouvrage British Algae: Cyanotype Impressions qui est le premier ouvrage publié à utiliser des photogrammes réalisés par cyanotype, une technique tout juste inventée par Herschel. Douze parties paraissent jusqu’en 1853, tirées à environ quatre cents exemplaires, dont une douzaine nous sont parvenus plus ou moins complets. En 1853, elle applique le même procédé aux fougères et fait paraître Cyanotypes of British and Foreign Ferns. Elle travaille en collaboration avec son amie Anne Dixon (1799-1864). Les cyanotypes ont l’avantage d’être simples à réaliser et de présenter une grande stabilité dans le temps.

Elle lègue son herbier au British Museum en 1865.

Pour plus d’information, je conseille de se reporter à l’Histoire des femmes scientifiques de l’Antiquité au XXe siècle de Éric Sartori, publié chez Plon, Paris, 2006 (ISBN 2-259-20288-8).

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