Eva Marianne Besnyö

Artiste d’avant-garde d’origine hongroise moins connue que ses compatriotes Robert Capa et André Kertész, la photographe hongroise Eva Besnyö est née le 29 avril 1910 à Budapest. Fille ainée d’Ilona Kelemen et de l’avocat Bernat Besnyö, qui sera déporté et assassiné à Auschwitz en 1944, elle fait ses premiers pas dans le monde de la photo en intégrant dès 1928 le studio de Jozsef Pécsi, photographe de publicité et d’architecture déjà réputé dans la capitale hongroise. Au cours de ses deux années d’apprentissage, avec pour seul équipement un Rolleiflex, elle arpente les rives du Danube et les berges du lac Staffel en quête de sujets, initiant son œil et optant très tôt pour des angles de vue audacieux et inhabituels.

En 1930, sa formation achevée, elle décide sur les conseils du peintre et photographe György Kepes, de quitter Budapest comme l’avait fait Robert Capa, devenue trop répressive et trop restrictive, et de partir pour Berlin. Cette décision va à l’encontre des souhaits de son père, qui aurait préféré Paris à la capitale allemande, pourtant considérée comme une des scènes artistiques les plus ouverte et les plus dynamique d’Europe.

Arrivée à Berlin, Eva Besnyö est tout juste âgée de vingt ans, avec en poche un certificat attestant sa formation dans le studio de Jozsef Pesci à Budapest. Elle a vingt ans mais elle a déjà pris deux décisions majeures : faire de la photographie son métier, et quitter définitivement la Hongrie devenue fasciste.

Eva Besnyö découvre à Berlin une métropole démocratique dans son mode de vie et très ouverte sur les expériences artistiques.

Dans les premiers temps, elle travaille pour René Ahrlé, photographe publicitaire, puis pour le docteur Peter Weller, qui lui commande ses premiers photo-reportages. Les mois qu’elle passe à Berlin lui apportent assurance et professionnalisme, elle parcourt la ville jour après jour avec son appareil photo, en quête de motifs sur des chantiers de construction, près du lac Wannsee, au zoo ou dans les stades, varie les sujets pour faire se succéder scènes de rues agitées ou au contraire ruelles désertes, portraits, lieux d’échanges et de commerce, se concentre sur des enfants – dont le magnifique « Garçon au violoncelle » de 1930 – et surtout les travailleurs allemands, bateliers sur la Spree, charbonniers, ou encore les ouvriers de l’Alexanderplatz, alors plus grand chantier d’Europe.

Bien qu’elle rentre régulièrement à Budapest durant cette période, elle considérera plus tard que les deux années passées à Berlin sont une des étapes les plus importantes de sa vie et de sa carrière, au cours desquelles son travail fut influencé de manière indélébile, et où naquirent ses premières opinions politiques.

Or son sens politique très développé la pousse à quitter Berlin à l’automne 1932 pour gagner Amsterdam. Soutenue par le cercle qui gravite autour de la peintre Charley Toorop, du cinéaste Joris Ivens et du designer Gerrit Rietveld, Eva Besnyö – qui a épousé entre-temps le caméraman John Fernhout – se fait bientôt connaître du grand public. En 1933, une exposition personnelle organisée dans la galerie Van Liert, de renommée internationale, lui vaut de devenir célèbre aux Pays-Bas pratiquement du jour au lendemain. Quelques années plus tard, elle consolide sa réputation avec ses photographies d’architecture, qui traduisent en une “Nouvelle Vision” l’idée du “Nouveau Bâtiment” fonctionnaliste.

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