FAAS

Horst Faas (, Berlin – à Munich) est un photojournaliste de guerre allemand.

Mémoire de la guerre du Vietnam, Horst Faas a couvert ce conflit pendant plus de dix ans, d’abord comme photographe puis comme charismatique directeur de la photographie au bureau de l’agence américaine Associated Press (AP) à Saigon. Il est mort le 10 mai 2012 à Munich, à l’âge de 79 ans.

Quand on évoque les photographies emblématiques de la guerre du Vietnam, ce n’est pas son nom qui vient en premier. Horst Faas était pourtant un photographe accompli – il a publié des photos terribles de soldats mourants ou de civils vietnamiens paniqués par les bombardements, et il est le seul photographe à avoir remporté deux prix Pulitzer au cours de sa carrière. Mais c’est surtout en tant que directeur de la photographie, à la tête du bureau d’AP, qu’il va laisser une empreinte majeure sur ce conflit.

Images plus crues

A Saigon, ce photographe à l’allure massive, à la voix forte et à l’accent allemand prononcé, donne sa chance aux débutants bien avant qu’ils soient connus – Henri Huet, Christine Spengler, Nick Ut… un groupe de jeunes passionnés qu’on finit par appeler à Saigon  » l’armée de Faas « . C’est lui qui impose à sa hiérarchie, et par là même à l’ensemble de la presse américaine, des images tragiques et violentes, plus crues que celles auxquelles les journaux sont habitués.
Encore aujourd’hui, ces images restent dans les mémoires : la petite fille brûlée au Napalm et hurlant de douleur sur la route, réalisée par Ut en 1972, n’aurait pas dû être publiée car elle était contraire aux règles d’AP sur la nudité. C’est aussi Horst Faas qui insiste pour mettre en avant une image polémique et célèbre d’Eddie Adams : elle montre en 1968 un officier sud-vietnamien abattant froidement un soldat vietcong à bout portant.

Né à Berlin en 1933, Horst Faas grandit pendant la guerre, entre les évacuations, le manque de nourriture et les bombardements. Après le conflit, alors que sa famille a fui à l’Ouest, il s’installe à Munich où il devient photographe pour l’agence Keystone, avant d’intégrer AP en 1956. Après avoir travaillé en Algérie et au Congo, il déploie au Vietnam à partir de 1962 un redoutable sens de l’organisation, guidé par la volonté de faire plus vite et mieux que l’agence concurrente, UPI (United press international). Il donne sa chance à de jeunes recrues, vietnamiennes et occidentales et se lie ainsi avec Huynh Thanh My, un acteur vietnamien devenu photographe permanent à AP. Ce dernier mourra en 1965, avant que son frère,  » Nick  » Ut, soit recruté à son tour par l’agence.

Lourdes pertes

Horst Faas lui-même réalise des images fortes : un homme accusateur, qui tend le corps de son enfant à des soldats sud-vietnamiens. Ou bien le regard pur et hébété d’un GI dont le casque dit  » la guerre c’est l’enfer « . A l’époque, l’armée américaine accueille sans méfiance les photographes, et lui permet de faire des images au plus près des combats – ce qui lui vaut un prix Pulitzer en 1965.  » J’allais voir les conducteurs d’hélicoptère et j’essayais de les convaincre de m’emmener, racontait Horst Faas au Monde en 2008. Je leur disais que j’avais ma propre nourriture, mon casque, et en général ça marchait.  » Mais la rançon est élevée : les pertes sont lourdes parmi les journalistes. En 1967, Horst Faas est blessé par une grenade, ce qui ne l’empêchera pas de couvrir le conflit jusqu’en 1974.

Par la suite, Horst Faas suivra des sujets très divers, comme les Jeux Olympiques de 1972, les combats de Mohammed Ali ou les troubles au Bengladesh en 1972, qui lui rapportent un second prix Pulitzer. Mais c’est le Vietnam qui reste  » sa  » guerre. En 1997, il publie, avec un autre vétéran du Vietnam, Tim Page, Requiem qui rend hommage aux photographes tués sur le terrain, 135 en comptant les deux côtés. Suivra en 2003 Lost over Laos, avec le journaliste Richard Pyle, qui raconte l’expédition pour retrouver les corps de quatre photographes tués en 1971, dans le même hélicoptère pendant la guerre du Vietnam : Larry Burrows, Henri Huet, Kent Potter et Keisaburo Shimamoto.

Diminué par un accident vasculaire en 2005, Horst Faas n’en continuait pas moins de témoigner, depuis sa chaise roulante, sur la guerre du Vietnam et sur le photojournalisme. Un  » âge d’or  » où les images comptaient pour le public, et où les photographes étaient moins nombreux, plus libres de leurs mouvements.

9782842778064«La photographie ne peut faire l’Histoire. Elle peut l’influencer, mais elle ne peut la faire. Tant que nous serons entre les mains d’hommes politiques qui sont à l’origine des guerres, tant qu’il y aura des organisations et des fabricants d’armes qui ont besoin des guerres, elles existeront. Et nous, photoreporters, devrons continuer à faire ce que nous avons toujours fait : nous rendre sur le terrain et informer le monde.»

Horst Faas a commencé sa carrière en 1951 comme photographe chez Keystone, avant de rejoindre Associated Press à partir de 1956 comme photographe, puis comme rédacteur en chef de la photo pour l’Europe, l’Afrique et le Moyen-Orient et ce, jusqu’en 2004. Il a couvert de nombreux conflits (Congo, Algérie, Vietnam, Bangladesh, Israël, etc.), mais aussi d’autres événements d’envergure comme tous les Jeux Olympiques à partir de 1972. Pour son travail de photographe, il a reçu de nombreux prix. En tant qu’éditeur, il a formé et dirigé de nombreux photographes. C’est donc un acteur majeur et témoin privilégié qui décrypte pour nous, dans ce livre, 50 ans de photojournalisme : la place de la guerre du Vietnam dans l’histoire du photojournalisme, ce qui fait qu’une photo devient une icône, la censure, les risques du métier, le pouvoir des images, l’avènement du numérique, etc.

Les auteurs :

Horst Faas était le rédacteur en chef de la photo pour AP Europe, Afrique et Moyen Orient. Il a couvert la guerre du Vietnam de 1962 à 1973. Ses photos ont été récompensées par’ de nombreux prix parmi lesquels deux Prix Pulitzer, le prix Robert Capa, et le prix Erich Salomon en Allemagne. Il a co-écrit Requiem avec Tim Page et Lost over Laos avec Richard Pyle.

Hélène Gédouin est directrice éditoriale à Paris. Elle a publié en 2006 aux Éditions du Chêne «Henri Huet : j’étais photographe de guerre au Vietnam».

Extrait du livre :
L’ambition d’écrire, de raconter des histoires.

JE SUIS NÉ BERLINOIS EN 1933. LA FAMILLE DE MA MÈRE était d’un côté prus­sienne, de l’autre d’origine huguenote. Mon père était issu d’une lignée de fermiers souabes. La cohésion familiale était assurée par ma mère, très présente et protectrice, car mon père, employé par une grosse société de production d’engrais chimiques, voyageait beaucoup. L’éducation que l’on recevait à Berlin, dans les années qui ont précédé la Seconde Guerre mondiale et pendant la guerre, était très marquée par l’influence du IIIe Reich. C’est là que j’ai vécu mes premières expériences des bombardements. En 1942, nous dûmes partir en Silésie, à Katowice, où mon père avait été muté. Il avait évité l’armée à cause d’un accident qui lui avait handicapé la main. Il avait aussi réussi à éviter l’adhésion au parti nazi.
Dès la fin de la guerre, nous avons mené une vie de réfugiés, comme des millions d’Allemands de l’Est ; nous avons quitté l’est de la Silésie pour Berlin, puis Berlin-Ouest lorsque les Russes ont occupé la ville, et enfin pour Kempten, en Bavière, où nous avions de la famille, au fur et à mesure de l’avancée de l’armée soviétique. Ma mère, mes deux frères et moi avons traversé l’Allemagne en ruine, seuls, notre père ayant disparu pour échapper à la Volksturm, une organisation paramilitaire mise en place à la toute fin de la guerre. Nous avons vécu dans les trains, les dépôts, des camps de réfugiés. L’époque était extrê­mement confuse. Pendant ces années troublées, j’ai dû changer d’école au moins treize fois. Notre problème essentiel était de nous procurer de la nourriture. L’hiver 1946 a été particulièrement pénible car la température avait terriblement chuté. À cette époque, nous avons connu la faim.
L’influence de certains professeurs sur mon éducation a été marquante. Grâce à eux, j’ai découvert les écrivains qui avaient été interdits sous le IIIe Reich. Je me souviens notamment d’un professeur de lettres qui nous a fait lire Ernest Hemingway, William Faulkner, Heinrich Heine, Georges Bernanos, Theodor Plievier, Anna Seghers, Eugen Kogon et m’a surtout donné l’envie d’aller voir ailleurs, hors d’Allemagne. Cette époque de formation, pendant laquelle j’ai littéralement dévoré tous les livres possibles, a été pour moi d’une importance capitale… Si bien que, lorsque nous avons quitté Kempten pour suivre mon père qui avait trouvé un nouvel emploi à Munich, j’avais déjà une passion pour les livres et la presse. De la littérature, je suis passé à la peinture, à la sculpture et j’ai commencé à photographier la sculpture religieuse et les porches d’églises. Puis, j’ai découvert l’art moderne et commencé à collectionner et rassembler les livres sur l’expressionnisme allemand.
J’étais fasciné par les journalistes qui écrivaient en page 3 du Süddeutsche Zeitung, un des premiers journaux à avoir obtenu l’autorisation de paraître après la guerre en Bavière : Gunter Groll. Critique d’art et de cinéma, Hans Ulrich Kempski et Werner Friedmann, le rédacteur en chef du journal. C’étaient les stars de la presse allemande de l’époque. Je voulais être journaliste ou bien critique.

9782842776541-frHenri Huet: J’etais Photographe de Guerre au Vietnam

La Maison Européenne de la Photographie à Paris propose de revenir sur le destin étonnant de Henri Huet à travers ses photos. Une carrière dédiée au photojournalisme et à la passion du grand reportage.

Cette exposition, quarante ans jour pour jour après la disparition d’Henri Huet, lui rend hommage, ainsi qu’à ses plus proches compagnons photographes : Eddie Adams, Kyioshi Sawada, Dana Stone,Larry Burrows, Nick Ut, Horst Faas, Christian Simonpietri, Dick Swanson et David Burnett.

« Vraiment, j’aime mon métier et n’en changerais pour rien au monde. Vous devez me trouver un peu fou, mais vous savez depuis belle lurette que j’ai toujours été un peu casse-cou. » Henri Huet

« Je crois au destin. Au cour d’une bataille, je pense : « Je ne suis pas un soldat, je ne peux être touché. » Le jour où l’on cesse de penser comme cela, il faut cesser de travailler. » Henri Huet (Interview, Montreal Star, 27 avril 1967)

L’exposition est réalisée avec le soutien d’Associated Press.
Commissaire de l’exposition : Hélène Gédouin, co-auteur du livre sur Henri Huet aux éditions du Chêne.

  • 1965, Prix Pulitzer pour sa couverture de la guerre du Viêt Nam
  • 1972, Prix Pulitzer de la photographie d’actualité avec Michel Laurent pour leur série Mort à Dacca
  • 1997, Prix Robert Capa Gold Medal
  • 2005, Prix Erich-Salomon
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