La ville écrite

S’appuyant entièrement sur les richesses de la collection du Cabinet de la photographie, les titres de la série privilégient des approches transversales, voire poétiques, de la photographie moderne et contemporaine.

L’histoire de la photographie est traversée par l’histoire de l’écriture et vice versa. Depuis les premiers relevés photographiques des hiéroglyphes égyptiens jusqu’aux graffitis urbains, en passant par les néons publicitaires qui éclairent la nuit des grandes villes, l’écrit hante la photographie. L’image photographique a aussi, à l’inverse, profondément modifié notre regard sur l’écriture.

A l’époque moderne, la ville est devenue un immense réservoir de signes, une page sur laquelle s’inscrit notre histoire quotidienne, poétique ou politique. Des surréalistes à Andreas Gursky, de Brassaï à William Klein, c’est à cette lecture urbaine que nous invite ce livre.

Titre : La ville écrite
auteur : Philippe Artières. Sous la Direction de Clément Chéroux
isbn : 9782844265623
couverture : relié
année : 9/05/2012
éditeur : Editions du Centre Pompidou
langue : française
état : excellent
format : 17×19 cm
Nbre de pages : 96 pages
Nombre d’illustrations : 60 photogaphies NB et couleur

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En minuscules

Philippe Artières

Il est venu par le train de l’après-midi afin de ne pas arriver de nuit; il ne connaissait pas la ville; sur la feuille de route qu’il avait reçue un mois plus tôt était inscrite l’adresse de la caserne: École militaire, 7′ arrondissement. En sortant de la gare, il avait été saisi par la ville, lui qui n’était jamais allé qu’à la sous-préfecture de l’Eure pour accompagner son père lorsqu’il avait à faire. Bernay n’était pas grand ; on en faisait le tour en une courte matinée. «Paris, ce ne sera pas pareil», l’avait mis en garde son père; «faudra faire attention», avait ajouté sa mère. Le fils Morlaix lui avait dit qu’il avait bien de la chance de partir. Son cousin y vivait, à la capitale, et ça avait l’air d’être quelque chose. Il lui avait envoyé des cartes postales. Il se souvenait de l’une d’elles de nuit sur laquelle on vo/ait une place avec des cabarets et des cinémas, tous illuminés de couleurs vives. Restait qu’il avait la trouille. Lorsque le train s’était approché de sa destination finale, il avait vu surgir le long de la voie ferrée des usines avec peints sur leurs murs en lettres capitales «Moulinex», « Wonder». Plus loin, de grands panneaux publicitaires sur lesquels un bambin vantait les qualités d’un savon «Peau Douce)). Le train passa sur un pont qui dominait une large artère où des centaines de voitures circulaient à vive allure; il aperçut brièvement des panneaux signalétiques, il reconnut «Rouen. Le Havre. Caen » ; ça le rassura. Puis le paysage se rétrécit comme dans le goulot d’un entonnoir: il n’y eut plus que les voies ferrées bordées de hauts murs dominés par des immeubles. Et soudain, en rouge sur un large cartouche blanc: le mot énorme «PARIS-ST-LAZAR ».

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