LEITER Saul

Je n’ai pas de philosophie de la photographie. J’aime juste prendre des photos. Il me semble que des choses mystérieuses peuvent prendre place dans des lieux familiers

 

Saul Leiter, né le à Pittsburgh et mort le (à 89 ans) à New York, est un photographe américain contemporain. Il est considéré comme l’un des pionniers de la photographie couleur.

L’univers de Saul LEITER, c’est la transparence par la réflexion. C’est toutes les histoires d’un jour que l’on pourrait imaginer d’un monde vu par le filtre translucide d’une vitre, d’une flaque, de la buée. Tendresse et solitude sourdent de la vibration intérieure de cet arpenteur infatigable des rues new-yorkaises. Sa créativité s’est surtout épanouie de 1947 à 1960, ne connaissant la célébrité que dans les années 1990.

L’enfance et l’adolescence de Saul LEITER sont notamment marquées par ses relations difficiles avec un père rabbin qui n’accepta jamais que son fils embrasse une carrière artistique. Il va découvrir l’art grâce aux livres de la bibliothèque publique.

C’est le peintre Richard Pousette-Dart, fondateur de l’école de New-York, qui va l’initier à la photographie.

Cadrage décalé, sans point central comme chez Harry Gruyaert, Saul Leiter joue d’aplatq qui ne sont pas sans rappeler les toiles de Mark Rothko. C’est un assemblage d’éclats, des pans de verre posés les uns sur les autres, avec le décalage subtil et nécessaire pour que la superposition de couches soient elle-même jeu de nuances. Peu lui importe, semble-t-il, de montrer ses sujets en entier, seuls les fragments intimes sont pour lui signifiants et révélateurs.

L’horizon, l’humanité, la rue, les gens sont réduits à des atmosphères éparses, hors normes, mais isolés dans une intimité que Saul LEITER leur offre. Tout n’est que silhouette et vapeur, ombre et buée. Son imaginaire est un monde en flottaison. Nous sommes loin des fantômes qui ont fait l’histoire la photographie et pourtant tout est là : passage, vitrines, attentes, solitudes, expansions.

Nous sommes aux lisières d’un monde qui nous ressemble, fait de gens, mais tout est en suspens, faisant de nous le spectateur de son univers, expressionniste et à la fois abstrait, chamarré de signes énigmatiques qui sont autant de traces.

Et qu’il s’agisse d’un monde mélancolique ou d’une réalité dont il faut s’affranchir, Saul LEITER joue avec ce délicat équilibre entre allusion et illusion, photographie et peinture

Être inconnu m’a toujours paru une position confortable.

Saul Leiter est un être discret qui aura toujours refusé la notoriété, la reconnaissance. Il vivait marchant dans les rues sous la pluie, sous la neige, sous les rêves des gens, et observait jusqu’à ce que quelque chose monte de la surface des êtres.
ll dit aussi, en quelques phrases, ses blessures : un père, ­rabbin à Pittsburgh, qui n’accepta jamais que son fils embrasse la carrière d’artiste. « Enfant, j’ai été habitué à consacrer mes journées à l’étude. Levé à 5 heures du matin, je m’effondrais au lit le soir. J’ai découvert l’art à la bibliothèque, dans les livres, Picasso, Bonnard, mais aussi les estampes japonaises, les textiles péruviens, l’expressionnisme allemand. Tout m’apparaissait brusquement. »
On dira seulement qu’il est né en 1923 à Pittsburgh, Pennsylvanie. Son père rabbin voulut en faire également un rabbin et jusqu’en 1946 il suit des cours de théologie talmudique. « Mon père et mon grand-père étaient des rabbins. J’ai étudié la théologie et quand je revenais de chez mon grand-père, je pouvais répondre à des questions pointues ». Il oubliera tout cela. N’étant pas devenu rabbin, il rêva de devenir un humble Dieu de l’image.

Il s’échappe donc, maudit par ses parents, à New York à 23 ans, en 1946. Il s’y installera durablement. Il va rompre toutes ses attaches, communautaires, familiales, géographiques, religieuses, pour partir à New York, pour devenir adulte, mais surtout devenir artiste. Et artiste pour lui amoureux de Bonnard, c’était avant tout devenir peintre. Il sera photographe. Mais pour autant il ne revendique aucune place dans l’histoire de l’art . « Je suis un photographe à reculons ». Il ne comprend pas pourquoi on voudrait l’exposer, il n’a fait que passer dans cette vie. Il est un photographe de passage. D’où sa passion à regarder les passants, leurs gestes, leurs reflets. Il préfère ne pas se souvenir de ses travaux alimentaires en photographie de mode des années 1950 jusqu’au milieu de 1980 pour les magazines Esquire, Nova, Harper’s Bazaar.

«J’ai vraiment commencé comme photographe de mode. On ne peut pas dire que j’ai réussi, mais il y avait assez de travail pour me tenir occupé. J’ai collaboré avec le HARPER’S BAZAAR et d’autres magazines. J’ai eu du travail. C’était une façon pour moi de gagner ma vie. J’avais besoin de payer ma facture d’électricité et mon loyer et j’avais besoin d’argent pour la nourriture. Dans le même temps, j’ai pu faire mes propres photographies. »

Peintre au début sous l’influence de Richard Pousette-Dart, il mène de front des recherches photographiques, aidé par W. Eugene Smith, mais en autodidacte, et le choc d’une exposition d’Henri Cartier-Bresson au MoMa en 1947. En 1948 il commence à prendre des photographies en couleur. Mais avec des films périmés, ce qui lui procure d’heureuses surprises.
Il ne se considère pas vraiment comme un photographe professionnel : « En réalité, je n’avais pas été préparé à vivre par moi-même dans ce monde ». Pourtant il en est un des fleurons essentiels. Il reste touchant d’humilité. Il lui en faudra, car il va tomber dans un total oubli pendant cinquante ans, et ses travaux personnels sont restés au fond de ses tiroirs et puis même si on les voyait parfois, elles paraissent énigmatiques, mystérieuses, hors des courants en cours. Ni le public, ni ses pairs, ne s’intéressent à sa création.
Il ne commence à tirer ses nombreuses diapositives qu’en 1990 !
«J’ai passé une grande partie de ma vie en étant ignoré. J’en étais très heureux. Etre ignoré est un grand privilège. C’est ainsi que j’ai appris à voir ce que d’autres ne voient pas et à réagir à des situations différemment. J’ai simplement regardé le monde, pas vraiment prêt à tout, mais en flânant. » Il n’a appartenu à aucune école, aucun mouvement. Il aura préféré boire son café et écouter de la musique, que faire sa promotion. Il restera « un iconoclaste tranquille », sans narcissisme : « le miroir n’est pas mon meilleur ami. »

BIBLIOGRAPHIE

en français
Saul Leiter, dans la collection « Photo Poche», Actes Sud, 2007
Saul Leiter, exposition Fondation HCB, Catalogue publié par Steidl,
Saul Leiter, introduction d’Agnès Sire, entretien avec l’artiste par Sam Stourdzé, éd. Steidl, 2008

 

En anglais
Saul Leiter, Early Color, texte de Martin Harrison, éd. Steidl, 2006
In Living Color : Photographs by Saul Leiter, texte de Lisa Hostetler, Milwaukee Art Museum, Exhibition Gallery Guide, 2006

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